Lundi 24 novembre 2008

           Bricolo est prudente. C'est une obligation pour tout bricoleur, surtout si l'on travaille seul à toutes sortes de travaux, petits et grands, que ce soit avec un simple marteau ou avec des engins électriques.
           Donc, Bricolo, qui connaît bien tout ça, fait attention.
           Et pourtant , il y a quelques jours : Patatrac !
           Heureusement, ce jour-là son ange-gardien l'avait à l'oeil...
           Hôpital, scanner, radios. Ouf ! : RAS. Pas d'hémorragie interne (ni aucune plaie ouverte), rien de cassé, même pas une luxation. Des grosses bosses, de larges bleus partout devenus noirs et jaunâtres, oui, des tas. Mais ce n'est rien du tout.

          Depuis trois ou quatre jours, Bricolo travaillait en altitude, dans la cage de l'escalier, tout en haut jusqu'au plafond, pour installer d'autres rangements.  A l'aide d'escabeaux de diverses hauteurs et d'une haute échelle, pas en alu, plus lourde, donc bien stable, et - summum  du confort  et de la précaution - des petites marches spéciales qui s'adaptent sur les échelons pour permettre d'avoir les pieds entièrement  posés, et non en appui sur quelques centimètres de barreau. Bon. Tout allait bien. Monter, descendre, ce n'était pas très commode, mais le travail avançait tranquillement.
           Et puis il y eut de nouveaux trous à percer. La lourde grande échelle est déplacée, ses pieds "antigliss" bien posés. Tout est prêt là-haut, à portée de main, pour éviter trop de montées-descentes.
           Un trou. Le mur résiste un peu, mais la perceuse en a rencontré de bien plus coriaces. Voilà, c'est OK. Toc-toc du marteau  : la cheville est en place.
           Deux trous. OK.+ la cheville.
           Trois trous. OK.+ la cheville.
           Quatre trous. OK + la cheville.
           Cinq trous. OK + la cheville. Tout va bien. Allez, encore un.
           Six trous...  glissade, choc. Rideau. Plus là Bricolo.

           ... Des voix. Femme, homme. Je comprends un peu, mais j'ai les yeux fermés, je suis bien. Pas envie de répondre. Plein de bruits autour de moi. Toujours des voix. Non, pas envie d'ouvrir les yeux, je suis bien comme ça. Qu'ils attendent. On veut me saisir, me relever. Je fais signe que non,  qu'on me laisse encore tranquille...
            Bien. Dans ma tête, je récapitule. D'après les bruits, je suis chez moi, en bas de l'escalier, sur le petit palier d'entrée sur la rue haute, dont la porte était ouverte car mon établi de travail est installé dehors.
           Je passe l'inspection. Mes doigts, mes poignets : bien. Mes bras aussi. Pieds, jambes ? Non, pas de bobo je crois. Profonde respiration... ça va, douleur nulle part. Bon. Ah, mais ils s'affolent, les pauvres. Allez un effort, faut pas les laisser comme ça.

            J'ouvre enfin les yeux, je souris. Je suis affalée au milieu de mes outils. Quelle pagaille ! Toutes les vis contenues dans mes casiers ont volé pêle-mêle partout...  Je souris encore et je tends les bras comme un bébé pour qu'on m'aide à me relever. Doucement... Pas trop vite. D'abord m'asseoir sur la marche de l'entrée. Revenir peu à peu sur terre.
            Que s'est-il passé ?

            Sa porte ouverte, car il faisait beau, une voisine a entendu un grand vacarme métallique. Elle a pensé qu'il s'agissait d'un incident dans l'échafaudage de l'église voisine qui est en travaux. Elle est sortie pour voir, et alors m'a aperçue ratatinée, inerte, sur le sol de mon entrée. Elle a sans doute rameuter les ouvriers d'à côté. Ce devait être les voix d'hommes que j'ai entendues. (Plus tard, j'ai constaté, surprise, que ma grande échelle, qui est en quatre parties, était repliée et rangée. Je ne m'étais rendu compte de rien. )
            J'abrège. J'allais bien, un peu sonnée mais aucune douleur, sinon deux très grosses bosses sur le crâne. Alors cette gentille voisine m'a dit d'attendre le retour de son mari (elle ne conduit pas) pour me conduire à l'hôpital. J'ai d'abord dit non, puis me suis ravisée quand j'ai regardé d'un oeil critique la hauteur depuis laquelle je m'étais envolée sans ailes !

             Le lendemain, j'ai examiné les lieux du crime pour comprendre. D'abord mon inconscience. En fait, dans la première seconde, j'ai dû m'assommer en frappant de la tête la rampe d'escalier en fer forgé. Ce qui explique que je n'ai rien vu, ni senti du reste de ma chute. Une inconscience qui a amenuisé les chocs, car je suis tombée toute molle, sans la raideur des réflexes, mains en avant, etc, qui occasionnent souvent des blessures de ces précieux outils !
             Et puis j'ai voulu savoir pourquoi j'étais tombée, ce qui n'était pas évident.
Conclusion de Bricolo-expert  = Coupables : les petites vibrations de la perceuse. Lesquelles se sont répercutées en moi, qui les a répercuté à l'échelle, laquelle, d'une façon imperceptible s'est déplacée jusqu'à glisser en déséquilibre. Un ou deux trous de moins, et il ne serait rien arrivé ! Ou bien si je m'étais interrompu pour descendre chercher quelque chose dont j'avais besoin... mais j'avais tout préparé !

            Ah, ces petites vibrations... Rien de bien remarquables et bien éloignées de celles d'un marteau piqueur ! Et pourtant... Devant percer souvent, je savais penser aux effets des vibrations dans le mur. Et, par exemple, je décrochais un tableau, ou retirais un objet fragile d'une étagère proche. Mais j'avoue n'avoir jamais pensé qu'elles pourraient être dangereuses, dans l'autre sens, c'est-à-dire à travers moi !  Sans vraiment y réfléchir, il me semblait que la chair, matière souple, amortissait les petites vibrations comme du caoutchouc. Eh bien non. CQFD.
            Retenez bien, bricoleuses, bricoleurs : petites vibrations = danger !

PS : Rien au visage, habillée (en pantalon) : rien d'apparent. Merci l'ange !


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