Vendredi 7 novembre 2008

            Jusqu'au mois dernier, il y a quelques jours, j'avais encore cette vue-là, sur la droite, lorsque je regardais par la fenêtre :



            Tout ce feuillage, c'était un seul arbre. A présent, c'est fini. Il y a un grand vide qui, les premiers jours, m'a donné le vertige.



             Ce grand eucalyptus haut de plus de six ou sept étages a été dépouillé par une tronçonneuse. Certes il avait besoin d'un rafraîchissement. En entendant le bruit désagréable de l'outil, je ne me suis pas étonnée qu'il subisse un bon élagage. Mais je me trompais. En réalité, il a été condamné. Ce qui subsiste de son tronc gigantesque est en sursis. Le petit terrain sur lequel ses racines se sont étendues vient d'être vendu pour construire un garage privé de deux voitures.
           Il est vrai que pouvoir stationner à l'intérieur du village en empruntant les quelques voies accessibles en voiture est difficile. De plus, une bonne dizaine de jeunes gens préparent leur permis de conduire, ce qui prochainement augmentera d'autant le nombre de véhicules. Mais c'est, à mon goût, et pas seulement au mien, un gros pincement au coeur. Je n'aime pas qu'on abatte les arbres.
            Son martyr a fait des observateurs. Des gens, que je ne pense pas écologistes très engagés, qui pourtant ont soupiré. Pourquoi ? Parce cet arbre est âgé de plus de 150 ans !
            Des Anciens d'ici, plus qu'octogénaires, se sont souvenu avoir joué à l'ombre de ses branches lorsqu'ils étaient enfants. Je les ai interrogés, et l'une d'entre eux, aujourd'hui arrière-grand-mère, m'a dit que son propre grand-père avait là, dessous, lorsqu'il y avait moins de maisons (qui sont pourtant presque centenaires), une cabane pour les outils de sa vigne qui descendait jusqu'au bas du vallon.
             Décennie après décennie, au fur et à mesure de l'assèchement des rios, les nombreuses vignes de la région ont disparu. L'eau devenait trop pénible à acheminer, la rentabilité était nulle. Alors ici, seul cet arbre, imposant, est resté. Imposant : jugez-en au volume de son double tronc :


            J'ignore quand auront lieu les travaux. Peut-être aura-t-il le temps de refaire, au printemps, quelques bouquets de feuillage ? Car tous ses bois sont sains, sans le mondre signe de faiblesse ou de maladie.
            Bien que nouvelle habitante, je le regardais comme l'âme du village. Il aura connu au moins dix générations d'humains qu'il aura ombragés, car il était le seul arbre. Mais les humains, ingratement, trouvent aujourd'hui qu'il gêne...
            Ce n'est qu'un arbre, mais je suis touchée. Et il me revient avoir connu une même tristesse à propos d'un magnifique chêne du même âge, en France, devant chez moi à la campagne. C'était encore plus injuste, stupide, inconscient. Juste pour gagner quelques mètres carrés dans un grand champ ! J'avais fait un micro reportage-photos que j'avais adressé au paysan, autant comme reproche que comme souvenir. Nous étions en bons termes, il m'a dit merci, mais je crois que personne chez lui n'a compris...
            Si je le retrouve... (Le document, pas le paysan !)

            Oh, mais à propos à la fois d'arbre et de chien, savez-vous qui est le petit chien de bande dessinée qui hurle de chagrin chaque fois qu'un arbre est abattu ?


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Commentaires

Oui, c'est idéfix, le chien d'Obélix.
J'aime beaucoup te lire, même si ce n'est pas souvent facile pour moi avec le bas-débit. Comme tu as de la chance d'habiter un village blanc.
Commentaire n°1 posté par poitevinpoitevin le 05/03/2009 à 12h59
Bonsoir,
Bravo d'avoir des lettres !

En ce qui concerne mon village "blanc", hélas, celui-ci n'étant pas classé, considéré comme un quartier excentré de Malaga, depuis quatre ou cinq ans, l'ocre est apparu sur les murs des maisons, et c'en est fini de la blancheur d'autrefois. J'en ai été un peu désolée. J'ai demandé : pourquoi ? Il m'a été répondu que c'était plus moderne ! Et que cela permettait de faire remarquer le soin que les propriétaires apportent à leur maison en les "retapant". Eh, oui, tout évolue...
Appréciable, pour qui aime l'authenticité, ce village andalou de la Costa del Sol est typiquement espagnol (ce qui est de plus en plus rare). Y vivent des familles de l'endroit depuis des générations (nous ne sommes même pas une demi-dizaine "d'étrangers"). Si chaque jour les mules passent sous mes fenêtres, dans les ruelles, pour aller travailler à désherber les plantations d'oliviers et d'amandiers, en revanche (encore que le déplorer serait égoïste) il est contemporain, "jeune"(beaucoup d'enfants et d'ados) avec Internet et tout, et tout. 2009 est bien là ! 
J'ai de la chance ? 
C'est un peu par hasard, mais je crois que oui.
Malgré les inconvénients dus à ma situation personnelle (notamment la langue espagnole que j'ignorais totalement), j'y suis bien.
Je suis désolée pour la lenteur de lecture...
Courage, et merci pour la fidélité de lecture.
Nanh
Réponse de Nanh le 05/03/2009 à 20h09

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