Il y a peu de temps, j’ai joué à la touriste en allant (enfin) visiter Sevilla.
Sa réputation, depuis des siècles, de plus belle ville de la région d’Andalousie (et sa capitale), n’est pas exagérée. Quelques heures suffisent pour en être
convaincu.
Elle ne se contente pas de la facilité du charme des vieilles pierres de sa « vieille » histoire. Ce qui est remarquable aussi, est qu’elle évolue
en incorporant à son image les témoignages de l’habileté créative des hommes des temps récents et du temps présent.
Pour résumer l’origine de sa réputation sans vous « raser » avec des explications trop savantes et des dates étourdissantes, je vous dirai
l’essentiel que j’ai retenu des propos des guides.
Au cours des siècles, elle fut maintes fois longuement assiégée,
puis envahie, puis non moins longuement occupée, notamment par les Romains, puis les Arabes. Or, chacun leur tour, les occupants de la ville, au lieu de raser les oeuvres des occupants
précédents, ce qui, hélas, étaient - et sont toujours - les odieuses coutumes de guerre, les occupants, donc, non seulement les conservèrent, mais aussi, puisque ils y vécurent, enrichirent la
cité de créations architecturales et artisanales des caractères qui leur étaient propres.
Ce respect de ce qui était « étranger », qui fut observé particulièrement à Sevilla, ne s’est pas appliqué seulement aux constructions, mais aussi à
la façon de vivre. La conclusion générale, qui s’impose de nos jours, et que je confirme en l’ayant constatée depuis mon arrivée ici, en Andalousie, depuis presque trois ans, est que de ce
"bouillon de cultures" coule une essence de tolérance (sans doute mêlée aux eaux du
Guadalquivir, le fleuve qui la traverse).
Des images de Séville ? Oh, elles
seraient si nombreuses ! Mais bon. Pour vous faire plaisir, alors juste quelques-unes d’une imposante construction en demi-cercle, surtout remarquable pour les innombrables réalisations en
céramique qui l’enrichissent. Elle enferme une place en son centre, la fameuse Plaza de Espana. Majestueux contraste de briques rouges et
d’argile émaillée de toutes les couleurs, le bleu étant la dominante, d’où le nom d’azulero (azul, en espagnol et en portugais, signifie :
bleu).
Lorsque j’y ai pénétré, il m’est naturellement venu les images d’autres similaires chefs-d’oeuvre
architecturaux en Europe. Mais ce que j’ai appris me l’a rendu plus intéressant car plus inhabituellement proche de moi, femme d’un siècle moderne. En effet, ici, pas de murs au lourd passé
historique. C’est une oeuvre récente, réalisée pour l’exposition internationale ibéro-américaine de 1927. Voilà qui est étonnant ! Pourquoi avoir donné une telle importance à cette
manifestation ? Eh ! Qui a « découvert » l’Amérique ? N’est-ce pas un certain Christophe Colomb... après qu’il ait réussi à persuader la Reine d’Espagne de lui accorder
les crédits de ses voyages de découvertes ?
Ah, voilà pourquoi !
Oui, voilà pourquoi, au XXème siècle, les artisans potiers, céramistes, créateurs de formes et de couleurs, héritiers des secrets de l’art de leurs ancêtres
de tous pays se sont si admirablement appliqués !
Et voilà pourquoi m’ont paru si « proches » ces réalisations contemporaines qui ont pourtant l’aspect de celles d’autrefois. Je vous explique.
La vaste place était la partie où les visiteurs circulaient.
Lorsqu’ils approchaient des bâtiments, à leur admiration et à
leur curiosité étaient exposées des petites loges entièrement habillées de céramiques.
Chacune d’elle représente les 52 provinces d’Espagne, alignées par ordre alphabétique. Au fronton de chaque loge, les armes de la ville, capitale de chaque
provincia. Dessous, son nom, dans un bandeau qui encadre un tableau illustrant un fait symbolique de la ville en question, historique ou religieux.
Sur le sol, la carte de la province représentée.
De chaque côté, des petites tours-casiers et des banquettes, tout simplement pour entreposer et présenter les
documents concernant la ville et ses particularités ! Pour les prospectus, quoi ! Oui, du si beau travail pour des stands d’expo, tout comme à la foire de Paris ou autre salon
commercial !
Sur des centaines de mètres, l'alignement, par l'impressionnant travail qu'il
représente, est époustouflant !
Il y a beaucoup plus de 52 loges, car Sevilla s’est réservé de
nombreuses loges, toutes différentes, de part et d’autre des divers accès au bâtiment. Au-dessus des loges, une longue galerie d'où l'on s'accoude à un balcon. Même les balustres sont émaillées.
Un vrai jeu pictural, aucune n'est semblable.
Ce n’est pas tout. « L’avenue des loges » est isolée du reste de la place par un long bassin qui en suit la courbe.
Pour accéder de part ou d'autre, on traverse sur des passerelles totalement recouvertes d’azuleros (bleu et blanc), piliers, rampes, balustres... Des bijoux.
Le bâtiment central… Qui est aujourd’hui le siège du Parlement
régional.
Ah, merci messieurs les artisans romains, messieurs les artisans arabes, messieurs les artisans espagnols, c’est beau.
La loge de Malaga. Je n'ai pas pu m'empêcher cette préférence...
Malaga, deuxième ville de la région autonome d’Andalousie, et capitale de la provincia de Malaga. Sevilla et Malaga sont rivales. Mais
il n’y a aucune comparaison possible du point de vue architectural. Cependant Malaga a la Méditerranée, et un climat plus clément. J’ai admiré sans retenue Sevilla, mais j’ai été contente de
rentrer à Malaga, pour respirer.
(L'Espagne est divisée en 17 régions : les Communautés autonomes, formées elles-mêmes de 52 provincias
(équivalents des départements français.) Chaque Communauté dispose d'un Gouvernement et d'un Parlement pour une administration locale indépendante. Ces "petits pays" forment le grand pays
d'Espagne, dont le pouvoir national et international s'exerce dans la capitale, Madrid.)
Allez, venez séjourner confortablement dans un petit pueblo typique dans la montagne (au-dessus de chez moi), et je vous
donnerai tous les renseignements pour aller, entre autres, visiter Sevilla dans les meilleures conditions. C’est à peine à deux heures d’autoroute, en traversant des champs de blés (spécialités
de pain) et des oliveraies à perte de vue dont les quadrillages des alignements au cordeau me ravissent…
Une vue d'avion, à
travers le hublot. (Chut, c'était défendu, on était déjà en descente. Mais j'admire tant ces pointillés que j'ai cédé à la tentation.)
Voilà. Andalousie, Séville : un périple à ne pas manquer dans votre vie de globe-trotter ! Mais pour celles et ceux qui ne pourront pas, j'espère vous faire un peu rêver...
Détail
d'un azulero.
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