Elle ne fut pas nationale, ma fête, hier, mais locale et modeste, toutefois je pris plaisir à y
participer.
Toute la journée, des fusées avaient été tirées, tonnant dans le ciel au-dessus du pueblo. Pourquoi ? Je m’informai : le soir aurait lieu le retour, en procession, de la « Virgen
del Carmen », protectrice du village, depuis l’église au centre du pueblo, jusqu’à sa
chapelle, plus haut dans la montagne, d’où elle avait été descendue quelques jours auparavant. Ces coups de tonnerre invitaient toute la communauté à y assister.
Bon, me suis-je dit, l’église étant voisine de ma maison, j’irai voir. Et ne suis-je pas « d’ici » moi
aussi, maintenant ?
Rien ne manquait pour une procession dans les formes.
Grâce à mes reportages de la Semana
Santa, j’en connais à présent le rituel. En tête, étendard et bannière, puis le trono et ses porteurs, et son majordome qui sonne la cloche pour leur donner les ordres.
Une fanfare suivait - pas moins d’un autocar entier venu de Malaga – formée presque totalement d’ados filles et
garçons, pas mauvais du tout. Quelques-uns, lors des haltes, offrirent quelques solos à la Virgen.
Je pensais prendre simplement quelques photos. Finalement j'ai suivi jusqu'à la chapelle.
Ma présence fut accueillie avec des sourires. On chuchota. Et vous savez ce qui se disait entre voisines ? On parlait de Bricolo ! "Elle fait
des muebles, de la pintura, y puerta tambien ! Todo, todo
!"
Eh béééé ! Rien ne leur avait échappé de mes travaux !
A présent, même celles qui ne passent pas près de chez moi savent...
Les "bavardes", celles qui m'avaient aperçue travaillant sur mon perron, semblaient presque être fières de m'avoir vu oeuvrer de leurs propres yeux !
(Bricolo s'en amusait ! Fière aussi, car ça fait plaisir. Travailler seule est parfois très difficile.)
La sortie de l’église s’est passée sans accrochage. Sous les applaudissements, les porteurs accomplissent un tour complet en portant le trono à bout de bras. Ils sont du village, des gaillards, sauf un. Mais regardez bien, une cale est placée sous le bras de portage pour permettre au
« petit » volontaire d’être à la hauteur !
Autre détail souriant. La coutume veut que l’on rende hommage par des clameurs au personnage porté. Une personne désignée crie son nom : « Viva la Virgen del
Carmen ! », et tout le public clame à son tour : « Viva ! » Cela peut se répéter, deux, trois fois. Et hier, qui ai-je reconnu comme meneur ? Parmi les
porteurs : « Pepe », le poissonnier ambulant ! Et sa voix de stentor… comme d’habitude !
Le cortège commence son parcours. Une messe a précédé, avec ses chants. Place à la fanfare à présent. Tout le monde se connaît, se côtoie sans gêne.
Se recueille et garde le silence qui veut, papotent un peu les autres. C’est plutôt gai, une fête pour tout le monde, hommes, femmes et enfants.
Je pensais faire quelques clichés fleurant bon la Costa del sol, mais le ciel se couvrit brusquement,
comme il est courant ici, en bord de mer. De grosses nuées basses, gris-jaune, orageuses, s’infiltrèrent entre les montagnes et nous enrobèrent peu à peu. L'humidité fit stagner agréablement le
parfum de l'encens.
À mi-chemin, ce fut là une halte particulière, en surplomb du cimetière. La Virgen fut tournée vers les lieux silencieux, les
notes claires d'une trompette égrénèrent doucement la sonnerie aux morts. Tous se turent. Chacun devait avoir là un parent, un compagnon, une amie...
Une vue du village qui s’assombrit. Cela me contrarie un peu,
mais finalement la Virgen, dans le crépuscule brumeux, est très belle…
Il faisait nuit noire lorsque, après avoir été longuement « bercée » (voir reportages précédents), elle fut entrée avec précaution dans son
« ermita ». Elle y demeurera jusqu’à l’année prochaine, en attente de sa sortie annuelle.
Coutumes, dorures, cierges et ampoules « économie d’énergie » font bon ménage, au XXI° siècle.
(PS : Sans escabeau, Bricolo n’a pu
donner un petit tour à celle qui était éteinte. Désolée...)
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