Plus de trois mois de silence, et, c'est vrai, comme le supposent mes virtuels mais non moins fidèles amis Nany, et Jean, et vous, inconnu(e)s qui me rendez
régulièrement visite, j'aurais beaucoup à conter, à raconter. Toutefois, comme je l'ai écrit hier, il me faut un peu de temps pour me ré-habituer à écrire, tant il est vrai qu'un "scribe" privé
longuement de ses tablettes devient un amputé des mains et du cerveau. C'est pourquoi, pour commencer, je ne vous informerai que d'une pratique très originale que j'ai découverte, ici, en
Espagne.
Souvent est évoquée la fierté des Andalous, ces gens du sud au caractère aussi chaud que leur soleil. Si bien que j'ai supposé que ce je vais vous
décrire s'appuyait sur une éventuelle honte insupportable.
Ici, comme ailleurs, il y a des mauvais payeurs, vous n'en douterez pas !
Lorsque la somme est importante, en dehors du "trou dans la caisse" que cela
représente, il y a l'agacement, l'irritation de "se faire avoir", moquer, "mener en bateau" par qui doit,
mais néglige, se moque. On rumine, on s'irrite, on peste, on brûle de colère contre le débiteur malhonnête, surtout lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui fait publiquement bonne figure, et dont
on sait qu'il n'est pas "économiquement faible".
Alors ? Excédé, le lésé jure vouloir "lui garder un chien de sa chienne", expression qui, à mon avis, est bien injuste envers les meilleurs amis de
l'homme, car elle sous-entendrait que le chiot sera une calamité. (Et c'est faux, je l'affirme.)
Alors, alors ? Devant une telle impudence jugée trop discrète, le lésé voudrait crier, faire savoir au monde entier la forfaiture de son
débiteur ? Eh bien figurez-vous, qu'ici, il peut le faire ! Mais ce sera silencieux, malin, élégant, oui, oui, élégant !
Il existe des entreprises qui s'en chargent. Quoi, vous connaissez ? Oh, non, détrompez-vous! Pas l'huissier au regard implacable, qui, son dossier
sur le bras, va, dès la porte ouverte, marmonner les chiffres en question ! Pas non plus l'organisme qui inonde de courriers menaçants, non.
Alors quoi ? Ces entreprises possèdent un parc de jolies petites voitures non moins joliment et très abondamment illustrées sur leur carrosserie de
leur raison sociale. Nul ne peut ne pas les remarquer et... tout le monde connaît la nature de leur fonction. Et quelle est-elle ?
Chacune de
ces petites voitures est conduite par un chauffeur vêtu... d'un impeccable habit noir de cérémonie ! Et que fait-il ?
Eh bien, du jour du contrat - passé par celui dont la patience est à bout, au point de ne pas lésiner sur les moyens pour arriver à ses fins, et aussi pour sa
satisfaction personnelle - au volant de son remarquable véhicule, ce "maître de cérémonie" va guetter le mauvais payeur, l'attendre devant sa porte, et ne plus le lâcher. Il "lui colle aux
fesses", littéralement. Colle sa voiture dans tous ses déplacements, s'arrête à chaque endroit où il s'arrête, et l'attend, le temps qu'il faut ; stationne devant chez lui, de jour comme de
nuit.
Naturellement, avec la circulation, ce n'est pas commode, et... ça l'arrange ! Car le but est de se faire remarquer ! En deuxième file, il sort
du véhicule, bien visible dans son habit irréprochable pingouineste ; ou bien, aux sorties de garages, s'il a gêné, il va s'excuser très poliment. Et généralement l'interlocuteur ne peut empêcher
un sourire, car dès qu'il le voit, il sait ce qui se passe. Et, bientôt, les voisins, les passants, le quartier, tout le monde VA SAVOIR. Car l'on va deviner, reconnaître, et même
chercher l'identité de celui ou de celle qui fait l'objet de cette "élégante" poursuite, muette et silencieuse. Le poursuivi se fâche ? Interpelle son suiveur ? L'agresse ?
Verbalement ou même physiquement ? L'homme en habit, généralement taillé pour résister stoïquement aux assauts, reste de marbre. Il est payé pour venir à bout de la patience et de la honte du
mauvais payeur.
Et, ça marche !
Je doute que les lois françaises, qui condamnent le harcèlement, permettent cette pratique. Et, question
de mentalité, contrairement aux fiers Andalous, beaucoup de mauvais payeurs français s'en moqueraient comme de leur première couche-culotte. Moi, avec de très mauvais souvenirs comme victime de
malhonnête, ça me fait sourire et l'idée me plaît bien !
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