Pourquoi ? Oui, pourquoi ?
Et d’abord pourquoi le titre de mon blog "nanh-eurasienne" ? Les articles présents ne se réfèrent guère à cette précision. Ensuite,
pourquoi cette affirmation qu’être eurasienne n’est pas simple ?
Les lecteurs de longue date, mes amis, sauront répondre. Pour les « petits nouveaux » qui passent, je vais me livrer à des confidences
inhabituelles.
« Pas simple d’être eurasienne » est le premier titre d’une suite de quatre livres que j’ai écrits et édités en 2006. (ISBN 9788461119530+) La création
du présent blog correspondait à la promotion personnelle que je souhaitais faire, mais ma découverte de l’Andalousie, et les travaux que j’ai dû réaliser, ont peu à peu supplanté ce premier
désir.
Bricolo s’est imposée : victoire du manuel sur l’intellectuel ! Et aussi victoire des choses nouvelles sur les choses passées. Je me suis en effet
détachée du récit autobiographique qui m’avait demandé des années d’analyse.
Je pourrais encore éditer un récit concernant mon activité professionnelle cynophile passionnante, et une expérience inoubliable avec mes loups hybrides.
Peut-être…
Mais aujourd’hui autre chose m’interpelle.
J’ai parcouru un site Internet que l’on m’avait indiqué : « Français du monde ». J'y ai lu un article « ouvert » (en forum) qui m’a
particulièrement intéressée, sur le métissage.
Métissage… Eurasienne… Vous comprenez le lien ?
Les témoignages ont réveillé en moi des émotions enfouies, mais toujours bien présentes, qui m’ont fait témoigner à mon tour. Et en quelques
phrases, j’ai pu exprimer l’essentiel et… ressentir la curieuse impression de me sentir… « mûrie » ! Je vous livre ces réflexions.
Le sujet, « Vivre son métissage », est un article rédigé par une femme, psychothérapeute au Cameroun.
En réponse, des femmes et des hommes de métissages différents, ont témoigné. Et puis, à mon tour, mon cœur et ma tête ont fait pianoter mes doigts
sur le clavier.
… « Père asiatique, mère française, petite écolière à Paris pendant la guerre d’Indochine, seule sur le chemin de l’école, et attendue par les garçons de l’école voisine, chaque jour, pendant
plus de trois ans (6à10 ans), j’ai vécu un véritable calvaire (insultes, coups, crachats, et indifférence des adultes témoins) auquel, parallèlement, s’ajoutait un drame familial également
quotidien.
Née en France, sans famille asiatique connue, un père travaillant tant, que je ne le voyais presque pas, je ne comprenais pas pourquoi on me criait si méchamment de « retourner dans mon pays ».
Certes j’avais un nom difficile à écrire, mais cela ne signifiait pas grand chose pour moi.
A l’époque, pas de TV, radio sirupeuse, et j’étais trop petite pour lire les journaux, de toute façon, défendus aux enfants. Je ne savais rien. On ne me disait rien. Et pas le droit de pleurer,
de me plaindre. Sans explication ma mère me l’interdisait en me disant qu’il me fallait « être la plus intelligente »…
Piètre consolation pour un jeune cœur écorché vif.
J’en ai « attrapé » un complexe douloureux, une timidité maladive que j’ai réussi à vaincre en me faisant violence, vers vingt ans, mais des faiblesses de comportement m’ont suivie et empoisonnée
toute ma vie.
Hasard de l’existence (l’approche d’un art martial pour mes enfants), et un jour, enfin, j’ai soupiré, me suis sentie soulagée, définitivement. Il m’aura donc fallu presque cinquante années pour
accepter le poids de mon métissage.
Aussi, métissé(e)s de toutes races, si vous souffrez, ne perdez pas espoir, vous pouvez trouver « votre paix », même sans savoir où la chercher, même sans aucune aide, et surtout, j’en suis
certaine, plus vite que moi !
Il y a quelques années, j’ai quitté la France, où de très nombreuses injustes anecdotes, au fil des ans, confirmaient que l’on ne me reconnaissait pas vraiment française. Je vis dans un pays
méditerranéen voisin où, bien qu’on pourrait alors me le dire à juste titre, je n’ai jamais été «traitée» d’ «étrangère». Combien j’apprécie cela à sa juste valeur, croyez-moi !
Courage à toutes et à tous, de tous âges… »
(Après ce commentaire, une femme, Amina, informa du remarquable métissage intercontinental de sa nombreuse famille. Son témoignage m’inspira une seconde réflexion.)
« Bonjour Amina,
Bel exemple de tolérance que cette famille panachée.
Dans beaucoup de témoignages concernant le métissage, dite comme un défi au monde, une phrase revient souvent : « …métissage, une richesse dont je suis (nous
sommes) fier(s). »
Je me permettrai quelque réflexion.
Pourquoi cette fierté appuyée (que j’ai très souvent remarquée) ?
- Parce qu’elle est nécessaire pour justifier ce que, profondément en nous, nous ne considérons « pas ordinaire », mais surtout « pas admis » par la majorité des humains.
Un métis, surtout si son faciès le montre, doit obligatoirement faire preuve de courage pour s’affirmer tel, afin d’occuper une place entière, sa place légitime, dans la société
de notre ère. Et cela, depuis l’enfance, alors qu’il est faible.
Le plus grand ennemi du métis, c’est la solitude dès sa naissance.
Relisez les commentaires, vous trouverez un point commun à celles ou ceux qui se disent « riches » de leur métissage : l´évocation de leur famille. Famille. C’est là leur vraie
richesse. C’est ce qui a soutenu l’enfant dans sa découverte du monde inégal, dans sa résistance aux immanquables épreuves, les a souvent minimisées.
Procréer un enfant métis est une responsabilité bien au-delà de la considération : « Ils sont très beaux ! », ou de l’attirance entre un homme et une femme.
Dans notre monde, et sur tous les continents, sans assistance de l’entourage, ce peut être un individu livré à l’enfer.
Toute ma sympathie à Amina et à sa famille, et à bien d´autres « citoyens du monde » que la cellule familiale a su bien équilibrer.
Mais surtout, toute ma compassion aux autres, nombreuses et nombreux (des femmes et des hommes, issus de guerres ou de procréations inconscientes des géniteurs) qui rejettent des racines sources
de douleur, que nul ne leur a fait connaître, que nul n’a su leur faire aimer.
Une « majorité silencieuse » qui se tait et est donc oubliée, qui sourit pour masquer des cœurs déchirés de ne pas savoir définir et rendre chaleureux le sang qui les traverse.
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